Entretien ZE #Hugo Revel

Entretien ZE #Hugo Revel

As-tu des projets littéraires en cours  ?

Je travaille actuellement sur plusieurs projets en parallèle, souvent très différents les uns des autres, mais qui tournent tous autour des mêmes obsessions : la perte de contrôle, la solitude moderne, les illusions qu’on construit pour tenir debout et les systèmes — technologiques, sociaux ou psychologiques — qui finissent par écraser les individus. Je viens de boucler la première version d’un roman de techno-horreur intitulé Neurozombies, qui mélange intelligence artificielle, guerre, transhumanisme et dérive quasi mystique de la technologie. Mais à côté de ça, j’aime aussi écrire des récits beaucoup plus ancrés dans le quotidien, avec des personnages paumés, excessifs, parfois drôles malgré eux, qui essayent simplement de survivre à leur propre chaos intérieur.

Récemment, j’ai publié quelques romans en autoédition, parmi lesquels Momentum. Momentum est un roman sympa. L’histoire suit Damien Bernard, un homme ordinaire dont la vie commence lentement à dériver après une rencontre et une série d’événements qui l’amènent à remettre en question la réalité même de ce qu’il vit. J’ai aussi publié Feu l’Ami, et ça raconte l’histoire d’un type raté qui décide de faire disparaître Charles, son ami brillant, des radars de la conscience collective. C’est en quelque sorte un roman kafkaïen sur l’abrutissement des masses.

Donc, si vous voulez découvrir ces récits, ils sont disponibles sur amazon. Vous tapez mon nom : Hugo Revel, et les titres indiqués.

Quelles sont tes sources d’inspiration ?

Mes inspirations sont assez variées, et surtout elles évoluent. Il y a des auteurs qui ont clairement laissé une empreinte durable sur moi, mais je serais incapable de tous les citer, je ne suis pas du genre monomaniaque. Alors, ces derniers temps je dirai : Georges Bataille pour sa manière de faire exploser les limites morales et de sonder les pulsions humaines sans chercher à les rendre confortables. Maurice G. Dantec aussi, évidemment, pour cette espèce de fusion entre philosophie, polar, paranoïa technologique et fin du monde mentale. Il y a chez lui quelque chose de très organique, presque fiévreux, qui m’a énormément marqué. Et je trouve qu’on ne parle pas assez d’Iceberg Slim, peut-être parce qu’il est trop classé « ethnique », mais tout comme Donald Goines, ce sont deux auteurs du polar noir américain qui m’ont marqués. J’ai toujours été fasciné par leur capacité à injecter une forme de poésie dans la saleté, dans la violence, dans les récits les plus crasses. Ils arrivent à rendre presque lyrique des univers qui devraient être purement sordides.  Cette tension-là m’intéresse énormément en littérature : trouver de la beauté dans ce qui est abîmé. Et puis ils ont de vrais histoires, ce sont pas des poseurs. Je déteste les poseurs. Et j’en connais un paquet !!!! Et je ne peux pas ne pas citer mon véritable livre de chevet : Le Loup des steppes de Hermann Hesse. Ce sont les gars de ZE qui me l’ont fait découvrir et c’est un roman qui m’accompagne depuis quelques années maintenant. Cette idée d’un individu profondément divisé, incapable de trouver sa place dans le monde moderne, partagé entre plusieurs identités contradictoires… c’est quelque chose qui me parle énormément. Je crois qu’on retrouve souvent cette fracture intérieure dans mes personnages. C’est ce qui a motivé l’écriture de mon roman Culture Zèbre, qui est je pense mon meilleur travail à ce jour.  Et en même temps, j’ai une vraie affection pour les œuvres populaires, imparfaites, excessives, les séries B italiennes, les vieux thrillers VHS, les romans tordus qu’on découvre parfois après de longues recherches.

Qu’est-ce qui nourrit ton écriture ? Les grands thèmes qui te traversent ?

Mon métier m’a énormément nourri humainement. J’accompagne des gens qui traversent des situations compliquées, parfois absurdes, parfois très dures, et ça donne une matière humaine incroyable. J’ai toujours été fasciné par les trajectoires cassées, les gens qui tentent malgré tout de garder une forme de dignité alors que tout semble partir en vrille autour d’eux. Je crois que mes romans parlent souvent de ça : la chute, le mensonge qu’on se raconte pour continuer à avancer, la solitude moderne, la violence sociale, le besoin de reconnaissance, le désir, la honte aussi.   Il y a également un thème qui revient souvent chez moi : la perte de contrôle. Que ce soit à travers la technologie, les pulsions, la paranoïa, les relations humaines ou même les systèmes administratifs, mes personnages ont souvent l’impression d’être enfermés dans quelque chose qui les dépasse. J’aime explorer ce moment où le vernis craque, où quelqu’un commence à comprendre que le monde autour de lui est peut-être beaucoup plus instable qu’il ne l’imaginait. C’est ce qui manque aux êtres humains en général je crois : le doute. Et moi j’adore douter. Alors je veux que mes personnages doutent. Je veux qu’ils s’effondrent, bordel !

Pourquoi tu écris ?

Probablement parce que c’est devenu une manière de mettre de l’ordre dans le chaos. L’écriture me permet de transformer des angoisses, des idées ou des obsessions en quelque chose de concret. Il y a aussi un plaisir très simple : celui de raconter une histoire, de créer une ambiance, une image, une tension. Quand un lecteur tourne les pages parce qu’il veut savoir ce qui va arriver ensuite, il y a quelque chose de presque magique là-dedans. Et même moi, quand j’écris, j’ai envie de me surprendre. J’avance toujours avec un plan défini, mais je m’autorise toujours une pulsion, une folie, un truc que je dois faire maintenant, tout de suite ! Après, j’écris pour mes enfants aussi. C’est peut-être illusoire de se dire qu’ils s’intéresseront un jour à mes productions, mais qui sait ? S’il venait à m’arriver quelque chose(et ça viendra, putain de bon dieu, et ça viendra…), ils pourront découvrir mon univers, mes pensées, mon évolution… bien sûr, je ne mettrai pas tous mes romans entre leurs mains… mais aujourd’hui j’écris dans ce sens-là, pour leur léguer un maximum de matériel mental. C’est sans doute ma principale motivation, parce que je vous le dis, c’est pas de la tarte d’écrire avec des jumeaux dans les bras. Mais je le fais. Me suis jamais arrêté. Suis un vrai de vrai !

Les derniers auteurs que tu as découverts ?

Ces derniers temps je lis surtout des romans courts, parfois très courts. Je vais à la librairie près de chez moi et je la laisse me guider, elle est sympa, elle ne ferait pas de mal à une mouche. Les romans qu’elle me file non plus, d’ailleurs ! Donc tenez-vous bien amis de l’underground, ces derniers temps j’ai découvert Cécile Coulon et Adeline Dieudonné. D’aucun dirait des trucs de « gonzesses », n’est-ce pas. Mais je m’en fous, c’est juste pour avoir quelques choses à grignoter.  Entre le travail, l’écriture et les enfants, j’ai moins de temps pour me plonger dans les gros monuments littéraires que j’aimerais explorer. Du coup, je me tourne davantage vers des formes plus condensées, plus immédiates, qui arrivent à créer une vraie intensité en peu de pages. Et forcément, le fait d’avoir deux enfants m’amène aussi à me replonger dans la littérature jeunesse. Je redécouvre notamment les Chair de poule de R. L. Stine, qui sont une véritable madeleine de Proust pour moi. En les relisant aujourd’hui, je réalise à quel point ces livres ont participé à construire mon imaginaire quand j’étais gamin : ce mélange d’étrangeté, d’angoisse légère, de mystère accessible… Il y a quelque chose de très sincère là-dedans, et ça me rappelle aussi pourquoi on tombe amoureux des histoires au départ.