Entretien ZE #Léo Raski
As-tu des projets littéraires en cours ?
J’écris mon troisième roman qui pourrait s’intituler La fin de mon espèce et dont le sujet se situe quelque part entre la conjuration des imbéciles (K. Toole) et Le dernier des Mohicans (J.F.Cooper). Je compte bien le mener jusqu’à la fin de l’histoire – avec un petit h – mais ne sais pas s’il sera publié.
J’ai par contre la chance de voir trois de mes nouvelles publiées dans le webzine Non Conforme de Christophe Siebert, auteur, entre autres ouvrages, de la Métaphysique de la viande, et des Chroniques de Mertvecgorod, il est aussi éditeur à La musardine.
Quelles sont tes sources d’inspiration ?
Le vécu. Je ne cherche pas bien loin. Je travaille dans le bâtiment et vis dans un port de pêche, ça me donne assez de matière pour écrire.
En fait, je pense que je cherche plus à consigner des histoires qu’à en inventer, même si, étrangement, au bout d’un moment il n’y a plus grand chose de vrai ou de vécu dans ce que j’écris. Comme si ça déraillait. Comme si des glitchs se glissaient dans le réel.
Qu’est-ce qui nourrit ton écriture ?
Je sais pas ce qui me nourrit mais j’ai les crocs.
Mon ressentiment envers la bourgeoisie. C’est peut-être ma principale source de carburant. Envers les sous-bourgeois aussi, ceux qui souscrivent aux codes de la réussite néolibérale, ceux qui roulent en Renault Kadjar, en SUV KIA ou Hyundaï, qui parlent comme s’ils étaient patrons de Start-up, qui estiment qu’ils ne doivent pas la politesse, la gentillesse aux autres, au delà de leur petit entre-soi de sous-bourgeois.
La parole a été prise, le récit monopolisé par des bourgeois et sous-bourgeois qui nous racontent leur vie dont on a rien à foutre.
Je me suis décidé à écrire après avoir lu En Sibérie de Sylvain Tesson dans lequel il raconte son séjour de six mois dans un chalet au bord du lac Baïkal – avec une petite douche chaude à Paris au milieu à l’expiration de son visa touriste de trois mois avant d’y retourner pour trois mois supplémentaires. A son arrivée dans sa cabane, il refait la déco intérieure en arrachant la toile plastifiée des murs parce qu’elle n’était pas à son goût, trop criarde, trop kitsch et qu’il voulait que ça ressemble à un chalet Suisse. Il a du passer son séjour dans les courants d’air, parce que la toile plastifiée c’est pas seulement pour la déco. Après, il a oublié de fermer la porte du chalet et un ours en a profité pour s’introduire et tout saccager. Le pied nickelé de la Sibérie, Sylvain Tesson. Je me suis dit, si ce guignol peut-être publié avec ce genres d’histoires et bien je pense que je peux avoir voix au chapitre. Plus récemment, j’ai lu A quoi songent-ils ceux que le sommeil fuit ? de Gaëlle Josse parce qu’en tant qu’insomniaque je pensais m’y retrouver. Et bien je n’ai pas pu le finir, lassé de ces histoires dans des grands appartements Parisiens avec des personnages qui ont des problèmes de riche. Moi je vais vous le dire à quoi ils songent la plupart des gens que le sommeil fuit : à des calculs mentaux. L’oseille qui leur manque pour arriver à la fin du mois, comment ils vont faire pour payer des vacances à leur gosse, pour trouver un logement qui soit un peu plus vivable que celui dans lequel ils arrivent pas à dormir, comment leur patron ou leur chef les a encore pris pour un con ou une conne, comment ils vont faire s’ils tombent malades, si le corps ne suit plus, si le mental lâche.
Voilà, moi j’ai faim et je veux avoir voix au chapitre.
Les grands thèmes qui te traversent ?
D’abord est venue la violence. Puis est venu le trauma. Aujourd’hui je me penche sur la masculinité à rebours des labels ‘toxique’ et ‘déconstruite’
La famille aussi, un classique.
Pourquoi tu écris ?
J’écris pour qu’on porte un regard un peu plus bienveillant sur les têtes cramées, les mal-aimés. Je fais partie du lot et je suis comme tout le monde moi, je veux qu’on m’aime avant d’être réduit au silence.
Les derniers auteurs que tu as découverts ?
Christophe Siebert en 2025 a d’abord été une rencontre humaine, un véritable coup de foudre auteuriste.
J’ai découvert Claire Von Corda avec votre revue, j’ai adoré sa poésie de merde dans un lycée de merde.
