« Du hasard et de la poésie » par Damien Cotta

« Du hasard et de la poésie » par Damien Cotta

Beaucoup de la poésie de notre temps passe pour être « éditable » avant que d’être éditée. Pour reprendre la distinction de Pierre Jourde, en filigrane dans La littérature sans estomac, il s’agit souvent de « faire poète », signe déjà de la mort du poétique, avant que d’être poésie, en somme « faire poétique » plutôt que poésie.

Tout se passe comme si, la poésie devait donner des gages d’en être. C’est comme si l’attente prédéterminait le produit de l’entreprise poétique. Il n’y a pas pire manière de « faire de la poésie. » C’est singer, c’est mourir.

Il vaut mieux : écrire n’importe comment, faire n’importe quoi, acter la fin du théâtre de singes, produire de l’art aztèque, baroque, barbare, tout ce que vous voulez, en fidèle thélémite. Il vaut mieux encore, que faire ça.

Parce que ça, ce n’est pas seulement acter la mort de la poésie, c’est épouser la forme d’un cadavre, c’est être non pas « non-poète », « apoète », « anti-poète », « post-poète », « poète in progress », tout ce que vous voulez, c’est être « poète-zombie ».

Ressusciter, re-citer, re-sucer ?

Je ne me place ici aucunement comme critique ou théoricien, mais comme petit faiseur. Oui car, faire de la poésie, c’est avant tout digérer de la matière brute. Faire de la poésie, ce n’est pas faire poète, mais c’est surtout créer, inventer, produire… des formes.

La poésie avec estomac, c’est la poésie qui peut porter, du ventre et du muscle. C’est la poésie qui peut extraire le suc ou l’essence du poétique. Et, normalement, à l’issue d’un long processus, en extraire le nec.

Lire de la poésie, la bien lire, c’est tautologiquement « lire la lyre ». C’est legere, voir, Et c’est intellire, intelliger, en intelligence, au-dedans de soi. Voir au-dedans de soi, pas un autre, toi, moi, lui…

Jamais ô jamais, singer les pontes, produire en vue d’une finalité éditoriale, satisfaire l’attente d’un lecteur qui produirait votre poésie avant-même que vous la produiriez.

Je crois que, c’est ce qui peut marcher.

Je vous entends souffler devant mon latin, mauvais.

Je reviens à mes matins.

Criez au lieu de critiquer. Brûlez-vous les doigts de mots.

Arrêtez de confondre la poésie et la poésie de bon ton.

Mode et mort, tel Leopardi le dit.

Certes, je pourrais citer des exemples concrets, j’en possède.

Alimentant une boucle de négativité.

Hélas, je vois souvent, mais pas exclusivement, notre propension, à tous, « « « « poètes » » », à céder au travers de cette tentation de l’image. Nous sommes un peu tous concernés par le hasard de l’aventure poétique. Que nous soyons apoète, post-poète ou non-poète*. Nous confondrions le monde et sa représentation, le réel et son double.

Alors, crions.

*Je reviendrai, probablement, sur ces distinctions subtiles au cours d’un autre article.