Missiles et fistules #8, par Heptanes Fraxion

Missiles et fistules #8, par Heptanes Fraxion

A)

Clarisse pour la revue Chemins de traverse

Il faut saluer l’ambition du recueil d’Heptanes Fraxion, qui tente, par une écriture brute et déséquilibrée, de dresser le portrait d’un monde contemporain abîmé, dans sa langue comme dans ses marges. Monologues fragmentaires, instantanés du réel urbain, violences sociales, figures en errance, gestes manqués, ce livre tente de revendiquer une forme d’ancrage lucide dans le quotidien, en ne parvenant que très rarement à dépasser le stade du simple constat.

La syntaxe délibérément désarticulée participe sans doute d’un projet de désorientation du lecteur, mais elle peine à générer un vrai trouble poétique. Les résonances intimes semblent surgir sans véritable élaboration, les émotions sont plus suggérées qu’habitées et flottent entre deux registres : celui de l’aveu, et celui de la posture. Ce qui nous pose quelques questions: où commence le regard poétique, où s’arrête la raillerie ? L’auteur assume-t-il le cynisme qu’il ébauche, ou s’en protège-t-il derrière une ironie trop facile ?

On aurait aimé être davantage déstabilisés, déplacés, ou simplement touchés. Au lieu de cela, on reste à la lisière.

B)

Chère Clarisse,

Vous parlez avec la précaution que l’on réserve aux animaux malades ou aux élèves différents, avec ce ton bienveillant et condescendant si caractéristique de celles et ceux qui se sont donné la mission de garder le feu sacré à condition, bien sûr, que celui-ci ne brûle pas.

Je vous remercie néanmoins d’avoir su, avec une élégance certaine, dire que vous n’aviez pas été touchée et vous laisse à vos étiquettes obsolètes et à vos grilles de lecture compassées.

Bien à vous,

Heptanes Fraxion