Ceci n’est pas une tribune par Léo Raski

Ceci n’est pas une tribune par Léo Raski

Seule la poésie peut formuler l’indicible. L’automne dernier, j’ai lu l’anthologie de la poésie Gazaouie d’aujourd’hui, Gaza Y a-t-il une vie avant la mort ? (2024 ed Points Poésie), pour connaître la voix de poètes Palestiniens.

Un poème m’a bouleversé, ce poème-cri d’Alaa al-Qatraoui, Laissez-moi la voir (à ma fille Orchidia). Extrait :

Laissez-moi la voir

ne serait-ce qu’une fois !

Depuis la mi-mars mon cœur s’est desséché

Plus aucun arbre n’y pousse pour accueillir les pigeons

Donnez-lui donc mes lèvres

qu’elle y dépose un baiser

même froid !

Je me suis trouvé, un instant, assis aux côtés d’Alaa, sous un arbre sec, déserté par les oiseaux.

« Nous ne sommes rien, dit le poème, que notre relation émue à l’autre, fût-il cet autre arbre ou visage » écrivait Jean-Pierre Siméon dans son essai La poésie sauvera le monde (2015, ed Le Passeur).

La poétesse Alaa al-Qatraoui a perdu ses quatre enfants Yamen, Kinan, Orchidée et Carmel dans les décombres de sa maison lors d’un bombardement, le 13 décembre 2023 à Khan Younes. On lui a interdit de fouiller les décombres pour les retrouver.

Léo Raski

Décembre 2025