Missiles et fistules #1 et #2 par Heptanes Fraxion

Missiles et fistules #1 et #2 par Heptanes Fraxion

Missiles et fistules #1

A)

Il fut un temps où la poésie était un art qui élevait, cherchait à dire la beauté, le tragique, l’universel. Aujourd’hui, elle geint, elle éructe et se vautre dans la pose d’un nihilisme convenu. Avec son absence d’ambition formelle, son narcissisme cynique déguisé en lucidité et son pseudonyme forcément tordu, Heptanes Fraxion en est un exemple frappant. 

B)

Cher blogueur,

Je ne dirais pas que tu as fait khâgne, que tu as un prénom composé, que tu as lu Péguy et que tu as six enfants. Je ne le dirais pas mais je pourrais…

Missiles et fistules #2

A)

Après lecture attentive, et malgré certaines intuitions stylistiques que nous avons su percevoir dans votre proposition, nous avons le regret de vous informer que votre manuscrit ne sera pas retenu pour publication dans notre catalogue.

Notre ligne éditoriale se construit autour d’une exigence de la langue, du souffle, de l’invention formelle, mais aussi d’une certaine densité poétique que nous avons jugé absente ou insuffisamment tenue dans le texte proposé. Votre démarche semble relever davantage d’une écriture fragmentaire, d’un journal intime en délitement, dont la force évocatrice peine à dépasser le cadre anecdotique ou impressionniste.

Nous avons bien noté l’ironie douce, les glissements de ton, les ruptures rythmiques qui pourraient séduire un autre lectorat mais nous cherchons des textes où la fulgurance l’emporte sur le flottement, où la poésie s’élève au-delà d’elle-même. Ici, la matière reste à notre sens trop informe, comme en attente d’une tension intérieure qui ne vient pas.

Ce refus ne préjuge en rien de la valeur de votre travail, ni de son évolution future. Nous vous encourageons à poursuivre votre chemin d’écriture, peut-être en resserrant le cadre, en affrontant davantage le vertige du mot juste.

B)

J’ai bien conscience que ma poésie bancale et émiettée n’a pas la tenue exigée pour le décorum et le faste de votre ligne éditoriale, cependant votre refus circonstancié (merci au passage d’avoir pris le temps) m’indique clairement la direction que je ne veux pas suivre : la vôtre !

Vous êtes beaux comme des huissiers citant Yves Bonnefoy.

D’ailleurs, le vertige que vous réclamez, êtes-vous sûrs d’y avoir encore accès ?

Des bisous, des bisous.